
Théâtre des Bouchauds, Saint-Cybardeaux (Charente)
Au début des années 2020, le Conseil départemental de la Charente, propriétaire du site gallo-romain des Bouchauds, sur la commune de Saint-Cybardeaux, a engagé un programme de restauration du théâtre et de l’angle nord-est du sanctuaire adjacent.
Si les travaux sur le lieu de culte concernaient une zone précédemment étudiée dans le cadre d’opérations de fouilles programmées, ceux sur l’édifice de spectacle devaient être précédés d’une étude archéologique du bâti, les terrassements s’accompagnant également d’une surveillance.
Après une première phase de travaux sur le théâtre en 2021 portant sur la restauration des murs de scène et d’arrière-scène, la présente opération concernait le parascaenium et le vomitoire à l’est, le parodos et le vomitoire à l’ouest, l’orchestra et le maenanium. Ces travaux se sont articulés en deux tranches entre 2022 et 2023, chacune portant sur une aile du théâtre, d’abord l’occidentale puis celle orientale. Cela permettait ainsi de conserver un accès pour les visiteurs à l’édifice classé au titre des Monuments Historiques.
Chacune des interventions pour l’étude du bâti a commencé par un relevé systématique des vestiges au moyen de la photogrammétrie. À noter la difficulté qu’a représenté la présence d’un important échafaudage autour du parascaenium pour l’acquisition des données, demandant une attention plus grande lors du traitement par le photogrammètre. Par la suite, l’ensemble des maçonneries a été systématiquement analysé et enregistré de manière détaillée. Pour ce qui est du suivi de travaux, il a concerné essentiellement l’installation de barrières aux extrémités de la cavea et le décapage superficiel du niveau de circulation dans le vomitoire occidental. Si les trous ouverts dans les remblais de la cavea n’ont livré aucune information archéologiquement pertinente, le dégagement des niveaux supérieurs dans le vomitoire a permis d’observer ponctuellement une couche de mortier qui pourrait être identifiée à un niveau de sol en place. Celui-ci fonctionnait avec la dalle de seuil conservée dans l’axe du mur périphérique. Ce niveau de circulation possiblement antique ne semble pas avoir été entamé par les travaux de 2022 et est aujourd’hui recouvert par un béton de chaux.
L’ajout d’un drain le long du mur de scène a également nécessité le déclenchement d’une tranche supplémentaire, un suivi de travaux étant rendu nécessaire par les perturbations engendrées dans un secteur du théâtre jalonné de plusieurs murs. La majeure partie des maçonneries orientées nord-sud s’est révélée peu fondée, entérinant l’hypothèse de réfection de la scène commanditée par le Père de la Croix. Ce dernier a en effet fini de découvrir l’édifice de spectacle entre 1900 et 1906 à la demande de la famille du sénateur Laporte-Bisquit.
L’étude du bâti n’est pas en reste quant à l’identification de travaux à attribuer à cette époque. Si à l’ouest, le mur séparant les deux maenania présentait des joints gris qui pouvait rappeler les réfections du père jésuite, les vestiges étaient beaucoup plus clairs à l’est. Plusieurs pans de maçonnerie conservaient en effet des joints tirés au fer qui peuvent être datés du début du XXe siècle au vu de leur composition. Les écrits du Père de la Croix mentionnent ainsi le souci des artisans de l’époque d’employer des techniques proches de celles antiques, notamment l’emploi d’un fer pour marquer les joints entre les moellons. Le reste des parements présente des reprises beaucoup plus classiques, en aplats, la seule différence consistant dans la composition du liant utilisé.
Certaines campagnes semblent avoir été plus massives, en noyant les relations entre les différentes maçonneries, voire en ajoutant plusieurs assises. Ces reprises, si elles compliquent la lecture de l’édifice de spectacle, n’ont pas complètement oblitéré les vestiges antiques. On notera ainsi que plusieurs zones érodées ont permis d’atteindre l’opus caementicium et de réaliser une série de prélèvements de mortier destinée à nourrir la réflexion sur le phasage du monument. L’étude complète du four à chaux installé au sommet de la cavea reste également à faire, seules les maçonneries étant cristallisées sous le mortier récent.
Opération archéologique
• Type d’opération : étude du bâti et suivi de travaux
• Dates : 10-20/10/2022 (phase 1 analyse du bâti) ; 1-2/12/2022 (phase 1 suivi de travaux) ; 11-20/04/2023 (phase 2 analyse du bâti) ; 6-7 et 10/10/2023 (phase 2 suivi de travaux)
• Surface : –
• Type d’aménagement : Restauration du monument historique
• Contrôle Scientifique et Technique : Héloïse Bricchi-Duhem et Romain Storaï (DRAC SRA Nouvelle-Aquitaine, site de Poitiers)
Nature des vestiges
• Périodes : Antiquité
• Sujets et thèmes : théâtre, édifice de spectacle, joints tirés au fer, restauration
Intervenants
• Responsable d’opération : Lucie Carpentier
• Équipe de fouille : Adrien Arles, Lucie Carpentier
• Équipe de post-fouille : Lucie Carpentier, Arnaud Coutelas, Matisse Millet
• Collaborations : Arnaud Coutelas (DTalent)
• Aménageur : Conseil départemental de la Charente

Publications
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