Sanctuaire des Bouchauds, Saint-Cybardeaux (Charente)

La campagne de fouilles de l’été 2019 ponctue le programme triennal de recherches mis en place sur le sanctuaire des Bouchauds qui portait essentiellement sur la question de la circulation des fidèles dans l’espace monumental, notamment au niveau des galeries périphériques de l’Ensemble I. Rappelons que le lieu de culte antique, installé au sommet d’un plateau culminant à 158 m NGF d’altitude, s’articule autour de deux cours sacrées, chacune comprenant deux temples et plusieurs annexes le long de l’enceinte.

Cette dernière campagne avait donc pour principal objectif d’achever les investigations initiées les années passées sur le pan septentrional du lieu de culte via l’ouverture de deux grandes zones de fouille.

Les recherches se sont ainsi concentrées, dans l’angle nord-est du sanctuaire, sur l’étude détaillée des premiers niveaux de sol aménagés dans les galeries situées. Un soin particulier a été porté à l’examen des maçonneries, notamment au niveau de leurs fondations au vu des restaurations massives ayant recouvert les élévations. La confirmation d’un mur inédit nord-sud traversant la cour sacrée orientale en 2018 posait en effet la question de la limite nord de l’aire cultuelle dans les premiers temps du sanctuaire.

Outre l’attention portée également aux maçonneries, la poursuite de la fouille de la zone nord-ouest devait permettre de compléter nos données sur les divers aménagements rencontrés, d’en préciser le phasage tout en faisant la jonction entre les deux cours sacrées. L’extension vers l’ouest de la zone de fouille constitue ainsi un premier pas vers une réflexion plus globale sur l’évolution du lieu de culte au niveau des deux espaces cultuels.

Quant à l’ouverture d’une grande tranchée entre le sanctuaire et le théâtre au nord, dans un secteur supposément vierge de fouilles archéologiques, elle était destinée à documenter la stratigraphie entre les deux monuments publics qui s’était révélée particulièrement riche dans l’angle nord-est, avec des maçonneries pouvant fonctionner avec le mur courbe de la cavea.

Figure 1 – Vue en plan de la base de colonne en place sur sa dalle stylobate (Saint-Cybardeaux, 16)

Figure 2 – Vue des fondations du contrefort d’angle à l’extrémité orientale du mur de galerie nord (Saint-Cybardeaux, 16)

Au terme de ces quatre campagnes menées entre 2016 et 2019, l’évolution du sanctuaire des Bouchauds apparaît beaucoup plus complexe que ce qui est généralement admis. Suite au nivellement généralisé du sommet de la colline des Bouchauds, ce ne sont pas deux mais cinq phases qui ont été distinguées au niveau de l’Ensemble I, celui-ci étant rapidement rattaché à l’ouest à un second espace sacré.

• Phase 1a : L’Ensemble 1 se caractérise par une première enceinte délimitant une cour sacrée dans laquelle pourraient déjà être installés les deux temples. Une large galerie est aménagée sur le pan oriental de l’espace cultuel tandis qu’à l’ouest s’organise un double portique : une galerie ouverte par une colonnade sur l’aire sacrée est en effet accolée au parement oriental du mur de péribole, doublée à l’ouest par une galerie ouverte vers l’ouest (cf. illustration 1).
La périphérie de l’enceinte cultuelle orientale est occupée par un niveau de circulation pour lequel aucune limite maçonnée externe n’a été documentée. Il est tentant toutefois d’associer à cette phase datée du milieu du Ier s. p.C. la mise en place du mur de biais localisé au nord-est du sanctuaire

• Phase 1b : La cour orientale est dans un second temps agrandie, son pan septentrional étant reconstruit avec un décalage de 1 m vers le nord. Une galerie périphérique est clairement aménagée sur le pourtour de l’Ensemble I, délimitée par de simples soubassements maçonnés destinés à contenir les remblais de la plate-forme.
Le double portique sur le côté ouest de la cour sacrée est quant à lui partiellement remanié : la galerie orientale est détruite, laissant place semble-t-il à un dispositif ponctuant la façade (colonne?), tandis que celle à l’ouest est reprise avec l’ajout de quelques assises de petits moellons entre les colonnes.
Cette phase de réaménagement, datée sans plus de précision du courant du Ier s. p.C., se caractérise enfin par le prolongement au nord du mur de péribole occidental qui forme alors un retour vers l’ouest. Une lacune observée dans la maçonnerie pourrait marquée l’emplacement d’un seuil reliant l’Ensemble II à la pente nord de la colline et son édifice de spectacle.

• Phase 1c : Quelques réfections ponctuelles de la galerie septentrionale justifient la distinction d’une phase supplémentaire. La maçonnerie rectiligne installée dans le prolongement de l’extrémité nord du mur de galerie oriental semble ainsi reconstruite après un premier arasement. L’aménagement maçonné semble cependant avoir une durée d’utilisation relativement courte, étant rapidement recouvert par de nouveaux niveaux de sol en mortier. Les découvertes mobilières ne permettent pas de préciser la datation de cette phase intermédiaire qui doit être à situer à la fin du Ier s. p.C.

• Phase 2a : L’enceinte cultuelle orientale est durant la première moitié, voire le milieu IIe s. p.C., l’objet d’un important réaménagement conduisant à sa reconstruction, avec un décalage d’environ 1 m vers le sud et vers l’ouest. La cour est ainsi à nouveau agrandie, bordée par des galeries de largeur identique.

Le péribole semble être l’objet d’une reprise massive avec, notamment, la mise en place de contreforts ponctuant l’angle nord-est de l’Ensemble I, dispositifs employés également au niveau des extrémités des murs de galerie (cf. illustration 2). Il est ainsi tentant d’attribuer l’installation de l’ensemble de maçonneries et de contreforts observés au voisinage du théâtre à cette phase de réaménagement général du lieu de culte. La reconstruction du mur de péribole intermédiaire entre les deux cours sacrées semble également marquée par l’aménagement sur son tracé d’un seuil localisé dans l’axe de la galerie périphérique nord de l’Ensemble I. Bien que les deux espaces communiquent, aucun indice clair n’atteste de la présence d’une galerie accolée au parement occidental du nouveau mur de péribole intermédiaire.

• Phase 2b : Cette dernière phase située entre la fin du IIe et le IIIe s. p.C. est marquée au nord, par l’obturation du passage ménagé dans le mur de péribole intermédiaire, les deux espaces cultuels communiquant via la pièce D. À l’installation des trois salles accolées au mur de péribole est en effet associé l’aménagement d’une large galerie délimitée à l’ouest par un mur inédit (cf. illustration 3). Un même sol particulièrement soigné était ainsi disposé dans ces deux espaces.
L’extrémité septentrionale de cette nouvelle galerie est marquée par deux massifs maçonnés de 1,50 m de côté localisés dans le même axe que le mur de péribole nord de l’Ensemble I. L’interruption de la galerie avant d’atteindre le mur de péribole nord pose la question de la nature de leur liaison. On peut néanmoins noter que le seuil identifié supposément sur le tracé du mur de péribole nord se situerait alors dans l’axe de cette nouvelle galerie.

L’abandon du site ne semble pas avoir été le fruit d’une destruction violente mais d’une lente désaffection, qui s’est accompagnée d’une récupération systématique des maçonneries. On note ainsi que le mobilier livré par la fouille depuis 2016, toutes couches confondues, n’excède pas le IIIe s. p.C.

Figure 3 – Vue en plan du large mur de galerie inédit ponctué au nord d’un massif maçonné (Saint-Cybardeaux, 16)

Figure 4 – Vue de la galerie périphérique au nord de l’Ensemble II (Saint-Cybardeaux, 16)

Figure 5 – Fouille de la galerie périphérique entre les deux cours sacrées (Saint-Cybardeaux, 16)

Opération archéologique

• Type d’opération : fouille programmée
• Dates : 01/07 – 09/08/2019
• Surface :
• Type d’aménagement : –
• Contrôle Scientifique et Technique : Héloïse Bricchi-Duhem

Nature des vestiges

• Périodes : Antiquité
• Sujets et thèmes : édifice public, édifice religieux, bâtiment, foyer, fosse, galerie périphérique, circulation, contrefort, niveau de circulation

Intervenants

• Responsable d’opération : Lucie Carpentier
• Équipe de fouille : Tanya Asseraf, Aurélie Baffert, Mathilde Bellanger, Lucile Catté (RS), Pauline Cochet, Baptiste Coelho, Sébastien Corniot, Paul De Ferrier Du Châtelet, Tristan Delamarre, Damien Demay, Thomas Dolbeau, Eugénie Le Bail, Xavier Le Rudulier, Améliane Lhonore (RS), Emma Monier, Thomas Perello, Julie Petit, Indra Raghouber, Clémentine Robriquet, Camille Roche, Lena Segalen, Tom Simoulin, Alexis Vinet
• Équipe de post-fouille : Gabriel Caraire (Archéo GC), Lucile Catté, Arnaud Coutelas, Chloé Genies (Eveha), Améliane Lhonore (CD16), Christophe Loiseau (Eveha), Hubert Pradier (Géosat), David Schmit (Eveha), Sylvie Soulas (CD16), Graziella Tendron (Eveha), Carole Vissac (GéoArchéon)
• Collaborations : Archéo GC (LIDAR), GéoArchéon (micromorphologie), Géosat (topographie et scan 3D)
• Aménageur : –

Publications

L. Carpentier, avec la collaboration de Catté L., Coutelas A., Genies Chl., Loiseau Chr., Pradier H., Schmit D., Soulas S., Tendron Gr. et Vissac C. (2020), Saint-Cybardeaux (Charente). Le sanctuaire des Bouchauds : organisation et fonctionnement des espaces périphériques, 2 vol., SRA Nouvelle-Aquitaine.

L. Carpentier (2021/2022), « Nouvelles investigations sur le sanctuaire gallo-romain des Bouchauds à Saint-Cybardeaux (Charente): une relecture des articulations de l’espace sacré », Bulletin de l’Association des Archéologues du Poitou et des Charentes, 49, 85-98.