
Le château de Simiane, Simiane-la-Rotonde (Alpes-de-Haute-Provence)
Dans le cadre du projet de restauration d’une portion de l’enceinte septentrionale du château de Simiane-la-Rotonde (Alpes-de-Haute-Provence), nécessitant l’aménagement d’un drain au revers de la courtine septentrionale, une opération de fouille archéologique et d’étude du bâti a été réalisée en juin 2024, préalablement aux travaux.
Probablement érigé à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle, le monument prend place à 726 m d’altitude au sommet d’une éminence rocheuse sur l’extrémité méridionale du plateau d’Albion. Celui-ci se caractérise par un plan oblong, de 50 m de longueur et de 27 m de largeur, occupé, à l’est et au sud par un corps de logis que commande, à l’ouest, une imposante tour de large de 17 m pour une hauteur de 18 m, qui dissimule une rotonde d’une facture exceptionnelle. Le mur de courtine nord, qui relie la grosse tour au logis oriental, se développe selon un axe est-ouest, forme une ample courbe, longue d’environ 30 m. Celui-ci, en son centre, décrit une irrégularité. Aussi ce secteur est-il qualifié, dans le rapport d’expertise de 1637, de « cartier des prizons ». Ce dernier, occupant un espace de l’aile septentrional du château – entre la buanderie et les anciennes écuries – donnait accès à deux cellules carcérales. Ces dernières avaient été aménagées dans le niveau inférieur d’une tour carrée, flanquant la courtine nord du château, dont il ne reste aucune trace apparente à ce jour et qui, à cette époque, se trouvait dans un fort mauvais état. Les experts préconisent, en effet, une reprise en sous-œuvre de la tour pour la consolider avec de nouvelles maçonneries afin de la sauver de la ruine. Aucune source disponible ne fait, cependant, référence à de possibles travaux de restauration qui semblaient pourtant indispensables à la pérennité des lieux. Sans doute, le coût important que de tels travaux auraient engendré a-t-il dissuadé le propriétaire, Charles de Créquy, qui par ailleurs ne résidait pas à Simiane, de les entreprendre. En l’absence d’une intervention d’urgence, la tour, dont la base était déjà en partie dénaturée a sans doute fini par s’effondrer. Dans ce contexte, l’analyse du bâti, appuyée par la fouille, a permis de confirmer que la portion de courtine formant saillie ne correspondait pas à la construction d’origine. La tranchée a révélé que la nouvelle construction prenait en partie appui sur des structures antérieures. Elle est marquée par deux phases de construction, peut-être espacées d’une réparation. L’hétérogénéité du traitement des matériaux suggère que ces chantiers ont été provisionnés par des matériaux en remploi probablement prélevés in situ.
La nouvelle construction dessine un décroché vers le nord-ouest visant à passer au-devant d’une structure maçonnée arasée et vient la doubler 0,40 m plus au nord, puis décrit un angle grossièrement circulaire pour venir s’ancrer sur la portion occidentale de la courtine originelle. Cette dernière a conservé des traces d’enduits sur son parement méridional et une portion du piédroit occidental d’une embrasure dont les caractéristiques n’ont pas pu être déterminées, en raison de son mauvais état de conservation. La fouille engagée a de plus mis au jour une structure maçonnée à double parement et fourrure de 1 m d’épaisseur, conservée sur une longueur de 2,75 m. Élevée à l’aide de moellons de calcaire grossièrement équarris ou laissés à l’état brut, sa mise en œuvre est identique à celle des portions de courtine préservées à l’ouest et l’est, avec lesquelles elle s’aligne. La construction, qui correspond vraisemblablement au mur de gorge de la tour « carré » évoqué dans le document de 1637, a, de plus, conservé les traces de remaniements qui pourraient résulter de la conversion du niveau en rez de cour de l’ouvrage en prison. La maçonnerie s’est ainsi vue percée d’une porte, habillée à l’ouest d’un parement outrepassant l’épaisseur du mur de gorge de sorte à former un mur de refend destiné à compartimenter le volume interne de la tour, afin d’y aménager deux cellules carcérales. La porte primitive permettant d’accéder au volume interne devait probablement ouvrir dans la seconde cellule. La stratigraphie se caractérise, quant à elle, par une succession de couches de remblai. Ces dernières sont chargées de matériaux provenant, semble-t-il, de la ruine des bâtiments qui occupaient les ailes est et nord du château. Les tessons de céramiques vernissées, retrouvés à tous les niveaux, témoignent de la perturbation des niveaux qui ont probablement été accumulés au XXe siècle, à en juger par le mobilier métallique et le verre découvert.
Opération archéologique
• Type d’opération : fouille préventive, fouille programmée, étude du bâti, étude spécialisée
• Dates : du 17 au 21 juin 2024
• Surface : 15 m²
• Type d’aménagement : Restauration
• Suivi scientifique : Renaud CHASTAGNARET (DRAC – SRA PACA)
Nature des vestiges
• Périodes : Moyen Âge, Temps modernes
• Sujets et thèmes : Château, Décors stucqués
Intervenants
• Responsable d’opération : Vincent ORY
• Équipe de fouille : Émilie TOMAS
• Équipe de post-fouille : Émilie TOMAS
• Collaborations : CIRAM (Datation 14C)
• Aménageur : Commune de Simiane-la-Rotonde

Publications
ORY V., TOMAS É. (2024) – Simiane-la-Rotonde, « Le château de Simiane ». Rapport final d’Opération, Arkemine SARL, Service Régional de l’Archéologie de PACA, 142 p.



