Château de Covasina, Ventiseri (Haute-Corse)

Initiée en novembre 2023, l’intervention archéologique entreprise à Covasina a consisté en une étude du bâti accompagnée de trois sondages.

Sur une colline, surplombant du haut de ses 250 m d’altitude la mer et les plaines environnantes, prennent place les vestiges de l’imposant « Palazzu di Coasina » comme le désigne le plan terrier de la fin du XVIIIe siècle. La monumentalité des élévations, atteignant près de 12 m de hauteur, en fait un site exceptionnel dont l’histoire et les vestiges n’ont toutefois que peu attisé la curiosité des chercheurs.

En effet, à l’exception d’une succincte publication à l’occasion d’une table ronde organisée à Biguglia, en 1984 (Pieri, 1984), où un plan assez proche de la réalité est alors proposé, aucune étude ne s’est intéressée de quelque manière que ce soit à caractériser ce site emblématique de la côté orientale.

C’est Giovanni della Grossa, qui est le premier a mentionné dans sa Chronique la fortification . Selon lui, la fondation de la lignée seigneuriale des Covasinacci remonte à l’arrivée en Corse de chevaliers carolingiens vers 816-817. Venus participer à la guerre contre les Maures engagée par le légendaire Ugo Colonna, ils auraient débarqué à l’étang de Palo avant de s’emparer de la place de Covasina, déjà existante. Le chef de l’expédition aurait été Ganelon, parent du traître à Charlemagne, Gane de Mayence. Ganelon aurait rapidement fait édifier un château à Covasina, sans oublier la construction d’une chapelle vouée à Saint-Antoine. Ugo Colonna lui aurait ensuite attribué la seigneurie en fief pour lui et ses descendants. Dans la Chronique, la puissance des Covasinacci se maintient au début du XIIIe siècle avec le mariage de Finidora de Covasina et de Goglermo de Cinarca, premier des Della Rocca.

Figure 1 – Vue générale du Château de Covasina (Tecnicadrone Corse)

Fig. 2_ Palazzu de Covasina (Florian Leleu, Arkemine)

En dehors de la Chronique, le rapport de Castruccio Castracani (Meloni, 1995), seigneur de Lucques, à l’infant d’Aragon considère en 1325 les Covasinacci parmi les seigneurs les plus influents de l’île. Toutefois, au cours des révoltes populaires des années 1357 et 1358, les châteaux des Covasinacci ne semblent pas échapper aux destructions. Dans le Deçà des Monts, les seigneurs sont dépossédés de leurs biens et leur statut social évolue : gentilshommes, caporaux ou encore simples habitants. Mais que sont devenus les Covasinacci de Covasina ? Le monument qui se dresse aujourd’hui fièrement sur la colline n’appartient pas à ce passé médiéval, il résulte de l’évolution d’au moins deux noyaux d’habitations, établis au cours du XVIe siècle, formant un corps central délimité par deux ailes latérales. L’étude du bâti a toutefois permis d’identifier un tronçon de mur qui ceint la partie nord-est de la plateforme sommitale. Son appareillage formé de blocs, de calibre moyen, disposés avec soin et liés au moyen d’un mortier de chaux, renvoie aux faciès constructifs du Moyen Âge. C’est donc à l’aplomb de cette élévation qu’un premier sondage a été implanté. Le second, dans le même secteur, a surtout consisté en un nettoyage de surface permettant de dégager les constructions ensevelies sous un épais roncier. Enfin, un troisième sondage a été implanté à l’angle sud-ouest du Palazzu.

Les résultats de ce dernier sont assez sommaires puisque deux horizons se distinguent sur seulement 50 cm de profondeur. Le premier qui recouvre le socle rocheux fortement accidenté contenait 26 éléments céramiques dont l’étude propose une datation comprise entre le Néolithique moyen et l’âge du Bronze ancien. Cette phase est documentée dans la microrégion du Fium’Orbu par le dépôt de haches en bronze du Bronze ancien de Mignataghja/Ghisonaccia et les habitats du Néolithique final de Terrina/Aleria et Lindinacciu/Aleria. Toutefois la mise en évidence d’une installation de hauteur est particulièrement originale dans ce contexte. Le second niveau, lié à l’occupation du Palazzu, conservait quelques fragments de céramique appartenant aux productions modernes.

Le premier sondage a pour sa part livré des éléments intéressants de l’occupation médiévale du site. En effet, une sole foyère quasiment intacte adossée à un mur de refend ont été mis en évidence. Le mobilier associé est très riche en vestiges fauniques dont certains sont brûlés et calcinés et témoignent ainsi de restes alimentaires. Quant au corpus des céramiques, il couvre à la fois les productions modelées locales et d’importations. Parmi ces dernières, notons la présence, assez peu fréquente en Corse, de fragments de jarre peinte en rouge provenant des Pouilles et datés des XIIIe-XIVe siècles.

Cette première opération a ainsi permis d’assurer que l’édification du Palazzu à l’époque moderne n’a pas effacé les occupations antérieures qu’il conviendra d’étudier.

Figure 3 – Intérieur du palazzu de Covasina (Florian Leleu, Arkemine)

Figure 4 – Négatif d’un voûtement visible sur un parement intérieur du palazzo de Covasina (Florian Leleu, Arkemine)

Figure 5 – Sole médiévale(Florian Leleu, Arkemine)

Opération archéologique

• Type d’opération : fouille programmée
• Dates : Du 13 au 24 novembre et du 12 au 19 décembre 2023
• Surface : –
• Type d’aménagement : Restauration
• Suivi scientifique : Laëtitia DEUDON (DRAC – SRA de CORSE)

Nature des vestiges

• Périodes : Néolithique, Protohistoire, Moyen Âge, Temps modernes
• Sujets et thèmes : Château, Architecture castrale

Intervenants

• Responsable d’opération : Émilie TOMAS
• Équipe de fouille : Florian LELEU, Chantal DE PERETTI
• Équipe de post-fouille : Chantal DE PERETTI, Kewin PECHE-QUILICHINI, Michèle FERRARA, Vannina MARCHI VAN CAUWELAERT
• Collaborations : CIRAM
• Aménageur : DRAC – SRA de CORSE

 

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