Aqueduc de Traconnade, Meyrargues (Bouches-du-Rhône)

L’aqueduc antique de Traconnade est un ouvrage majeur pour l’alimentation en eau de la ville d’Aquae Sextiae (Aix-en-Provence). Le canal, dont le tracé est relativement bien connu, notamment grâce aux travaux récents de deux érudits locaux, B. Fino et M. Fuhry, permettait de transférer les eaux captées dans la vallée de la Durance jusqu’au bassin de l’Arc.

Ses vestiges ayant été récemment inventoriés, la question se posait pour le Grand Site Sainte-Victoire et ses partenaires de mettre en valeur ce patrimoine gallo-romain. Face à l’ampleur de l’ouvrage, un premier tronçon a ainsi été distingué sur la commune de Meyrargues, traversée par le canal sur près de 8 km de long. Le choix s’est porté sur la mise en place d’un sentier patrimonial longeant l’aqueduc au niveau du versant ubac de la colline Saint-Claude, entre les deux ouvrages d’art que forment les piles du Pas de l’Étroit au nord et la pile ruinée du Réclavier au sud-ouest. Ce projet nécessitant la restauration et la préservation des vestiges du canal gallo-romain particulièrement dégradés dans certains secteurs, quatorze points sensibles ont été relevés par l’agence 139 Paysages en 2017. Parmi ceux-ci, huit ont été considérés comme des Ouvrages d’Intérêt Particulier (OIP) à intégrer dans le tracé du chemin de randonnée. Six autres points, qualifiés de « désordres », doivent être simplement recouverts avec des remblais terreux après avoir également fait l’objet de travaux de restauration. L’ensemble des quatorze ouvrages impactés directement par les travaux devait donc être l’objet d’une sauvegarde de l’information archéologique à partir d’un enregistrement topographique, photogrammétrique et d’archéologie du bâti (cf. figure 1).

L’intervention par quatre agents permanents d’ArkeMine durant une semaine à la fin du mois d’octobre 2019 a surtout consisté en un nettoyage partiel des vestiges – aucune véritable fouille ne pouvant être engagée dans le cadre de cette étude –, puis en un enregistrement détaillé associé à une couverture photogrammétrique.La majeure partie du tracé présente l’aspect d’une conduite enterrée, sa section inférieure étant creusée dans la roche calcaire sur au moins 0,70 m de profondeur. L’extrémité nord du tronçon étudié (OIP n°1) se distingue par sa position au pied d’une paroi calcaire verticale conservant des traces de taille. La partie supérieure des parois du canal se compose de piédroits maçonnés de 0,40 m de haut en moyenne sur 0,30 à 0,60 m de large, bien parementés du côté intérieur. On distingue ainsi cinq rangs de moellons disposés en opus vittatum d’une grande qualité (cf. figure 2). L’ouverture de quelques fenêtres contre le piédroit nord, à l’extérieur, a permis de constater par ailleurs leur mise en œuvre en tranchée pleine. Sur l’arase plane des piédroits est installée une voûte en plein cintre composée d’au moins une dizaine de claveaux liés au mortier de chaux et de sable et disposés sur un coffrage de planches. 

Figure 1 – Vue interne de la conduite avec la partie inférieure du canal creusée dans la roche et couverte de concrétions carbonatées presque jusqu’au sommet (Meyrargues, 13)

Figure 2 – Portion du mur-bahut au nord des piles du Pas de l’Étroit (Meyrargues, 13)

L’ensemble est recouvert par un caisson maçonné. Le fond du specus étant resté inaccessible de par le comblement post-abandon et les concrétions carbonatées, la hauteur maximum du conduit observée est de 1,82 m, pour une largeur variant de 0,40 m environ dans la partie creusée dans la roche à 0,66 m au sommet des piédroits.

Plusieurs sections de mur-bahut (OIP n°2, 3 et 17) ont également pu être étudiées au voisinage des ouvrages d’art (cf. figure 3). Leur largeur semble variable, entre 1,30 et 1,60 m. Leur état de conservation ne permet pas de réaliser beaucoup plus d’observations, leur opus vittatum étant très rarement conservé. Un regard (OIP n°7) a, enfin, pu être analysé dans le cadre de cette étude. De plan quadrangulaire (0,86 x 0,88 m), il présente une technique de réalisation assez simple et soignée, avec un arrêt régulier de la voûte permettant la poursuite de l’élévation des piédroits (cf. figure 4).

Cette étude réalisée en amont d’un projet de mise en valeur du patrimoine hydraulique gallo-romain a donc permis de récolter des informations précieuses quant à l’architecture, les techniques de construction et la gestion du chantier. Quelques indices relevés nous renvoient en effet au chantier ainsi qu’à la vie de l’édifice. Les traces diagonales de coups de pics observées dans les dépôts carbonatés témoignent ainsi de l’entretien du conduit. Une étude comparative et fine des planches selon les sections au niveau du coffrage de la voûte pourrait également constituer une piste de réflexion intéressante afin de mettre en évidence leur possible réutilisation tout au long de l’avancement du chantier. La question des « pâtons », boules de chaux pure collées contre les parois, est également posée à la suite de cette étude de l’aqueduc sur Meyrargues. Réalisés après l’étape de décoffrage, ils pourraient en effet documenter un geste spécifique dans le cadre de l’avancement du chantier, à l’instar peut-être des deux graffiti observés au niveau de l’OIP n°15.

Figure 3 – Regard découvert sur le tracé souterrain de l’aqueduc (Meyrargues, 13)

Figure 4 – Plan général des vestiges étudiés dans le cadre de l’intervention archéologique (Meyrargues, 13)

Opération archéologique

• Type d’opération : fouille préventive, fouille programmée, étude du bâti, étude spécialisée
• Dates : 21-30 octobre 2019
• Surface : linéaire de 1,4 km
• Type d’aménagement : Sentier patrimonial
• Contrôle Scientifique et Technique : Françoise Trial (DRAC SRA Provence-Alpes-Côte d’Azur)

Nature des vestiges

• Périodes : Antiquité
• Sujets et thèmes : Aqueduc

Intervenants

• Responsable d’opération : Lucie Carpentier
• Équipe de fouille : Adrien Arles, Arnaud Coutelas, Florian Leleu
• Équipe de post-fouille : Adrien Arles, Arnaud Coutelas, Florian Leleu, Émilie Tomas
• Collaborations : –
• Aménageur : Métropole Aix-Marseille-Provence – Territoire du Pays d’Aix, Direction du Grand Site Sainte-Victoire

 

Publications

L. Carpentier,, avec la collaboration de Arles A., Coutelas A., Leleu Fl. et Tomas É. (2020), Meyrargues (13). Aqueduc de Traconnade – Sentier du Patrimoine, 1 vol., SRA Provence-Alpes-Côte d’Azur.