
Abri fortifié d’Aiglun, Aiglun (Alpes-Maritimes)
L’opération préventive qui s’est déroulée sur le site de l’abri fortifié d’Aiglun a porté sur la réalisation d’une fouille sédimentaire de l’espace de la Baume et d’une étude du bâti. À ces travaux, s’ajoute une prospection pédestre qui a été engagée sur les environs proches du site. L’abri fortifié, localisé à seulement 700 m au nord-ouest du village actuel d’Aiglun, se situe en rive gauche de l’Estéron, au débouché de la clue.
Il prend place dans une vire formée au pied d’une des puissantes baumes sous-jacentes du mont Saint-Martin. Le site n’est accessible que depuis une pente vigoureuse imposant à tout assaillant de s’exposer à la vigilance et à la défense des occupants de l’abri. Sa vocation défensive se justifie par la présence d’une barbacane protégeant son entrée. Ce premier espace était aménagé sur deux niveaux où l’étage était pourvu d’un plancher comme en témoigne les trous d’encastrement des poutres qui sont encore observables
dans la maçonnerie. La surveillance est assurée par plusieurs meurtrières qui percent le mur de cet avant-poste. Certaines d’entre elles sont orientées en direction du chemin d’accès leur conférant ainsi une vocation de défense active. D’autres fentes, par leurs points de vue, n’offrent pas de possibilités de tir, mais permettent plusieurs points de contrôle : au loin vers diverses voies de communication de l’enclave, en direction du village d’Aiglun et même au débouché de la clue. Une poterne surplombant de quelques mètres le vide perce la façade nord-ouest de ce poste défensif.
La barbacane ouvre vers un grand espace, désigné la Baume, de près de 170 m² abrités par la voûte naturelle de la vire. La Baume est ceinturée du sud-est au sud-ouest par un mur conservé sur plus de 4 m de haut. Son mode de construction et de mise en œuvre sont identiques à ceux de la barbacane. Épais de 65 cm à double parement, les moellons et les blocs sont disposés sans réel ordonnancement. Ce sont cependant les faces planes, régulières et les plus longues qui ont été privilégiées pour la mise en œuvre de ces parements. Plusieurs alignements de trous d’encastrement sont installés dans le parement interne, à mi-hauteur du mur, traduisant là aussi l’existence d’un
second niveau de circulation ; comme en témoigne également la présence de meurtrières sur la partie la plus haute de l’élévation. D’autres ouvertures, plus basses, sont, elles aussi, orientées vers le chemin d’accès.
Le sol de l’espace épouse le substrat naturel qui est marqué par une importante déclivité et une surface irrégulière. Des traces de piquetage indiquent cependant que le rocher a pu localement être aménagé ou extrait pour produire du matériau utile au chantier de construction. Au pied du mur, le rocher n’est cependant plus visible, puisqu’il est recouvert par un niveau de comblement atteignant parfois plus de 1 m de puissance sédimentaire. Ce comblement a
fait l’objet de plusieurs sondages qui ont permis de mieux appréhender le phasage de l’occupation et de l’abandon du site. Surmontant la fondation du mur et un niveau de radier, une épaisse couche de mortier a été interprétée comme une aire de gâchage et/ou un niveau de circulation. Deux foyers reposant sur ce sol ont été dégagés. Les résidus charbonneux de l’un des deux ont livré une datation par radiocarbone comprise entre la fin du XVe et le milieu du XVIIe siècle. La fouille a également permis de collecter près de 150 tessons de céramique de table et culinaire dont les productions s’étalent du XIIIe au XVIIIe siècle.
Le refuge fortifié d’Aiglun s’inscrit ainsi dans une typologie de sites rupestres renseignés par divers inventaires. Toutefois, il s’agissait lors de cette opération préventive de documenter plus précisément la fonction et de définir la chronologie d’occupation du site. En effet, les sources écrites étant bien souvent exsangues d’informations, seules l’étude architecturale et la fouille lorsqu’elles sont réalisables ont permis de mieux appréhender ces ouvrages civils qui par leur situation et leur conservation sont peu enclins à être étudiés.
Opération archéologique
• Dates : du 4 au 22 septembre 23
• Surface : 170 m²
• Type d’aménagement : Restauration
• Suivi scientifique : Franck SUMÉRA (DRAC – SRA PACA)
Nature des vestiges
• Périodes : Moyen Âge, Temps modernes
• Sujets et thèmes : Abri fortifié, Architecture défensive, Extraction
Intervenants
• Responsable d’opération : Florian LELEU
• Équipe de fouille : Émilie TOMAS, Roxanne CESARINI
• Équipe de post-fouille : Émilie TOMAS, Roxanne CESARINI, Laurie DANIELOU, Guergana GUIONOVA, Vincent ORY
• Collaborations : CIRAM (datation 14C)
• Aménageur : Commune d’Aiglun

Publications
LELEU F., CESARINI R., DANIELOU L., GUIONOVA G., Ory V., TOMAS É. (2025) – Aiglun (06), « L’abri fortifié d’Aiglun ». Rapport Final d’Opération, Arkemine SARL, Service Régional de l’Archéologie de PACA, 242 p.
LELEU F., TOMAS É. (2023) – L’abri fortifié d’Aiglun (06). Fouille préventive, Bilan Scientifique de la Région PACA, 2023, p. 89-90.



